Géopolitique du Moyen Orient
Le Moyen-Orient constitue un espace stratégique situé au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Il s’étend de la Méditerranée orientale au golfe Persique et de l’Anatolie à la péninsule Arabique. Cette région se caractérise par des milieux majoritairement arides, une forte discontinuité des peuplements et une grande diversité humaine, linguistique et religieuse.
Une mosaïque de peuples et d’identités
Le Moyen-Orient est habité majoritairement par des peuples arabes, mais il comprend également d’importantes populations non arabes, notamment les Turcs, les Perses (Iraniens), les Kurdes, les Arméniens ou encore les Juifs israéliens. Sur le plan linguistique, la région est dominée par l’arabe, le turc et le persan, auxquels s’ajoutent de nombreuses langues minoritaires.
La diversité religieuse est un trait fondamental de la géographie humaine régionale. L’islam y est majoritaire, partagé entre sunnites et chiites, mais le Moyen-Orient abrite aussi des communautés chrétiennes anciennes, des juifs, ainsi que des minorités confessionnelles spécifiques (druzes, alaouites, yézidis). Ces appartenances jouent un rôle central dans les équilibres sociaux et politiques.
Des États récents aux bases fragiles
La plupart des États du Moyen-Orient sont issus du démantèlement de l’Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale. Les accords Sykes-Picot (1916) et les mandats franco-britanniques ont tracé des frontières largement artificielles, sans réelle prise en compte des réalités humaines locales. Ces découpages ont souvent regroupé au sein d’un même État des populations aux identités multiples ou séparé des ensembles historiquement cohérents.
Cette construction étatique fragile explique les difficultés durables de nombreux pays à forger une identité nationale solide, notamment en Irak, en Syrie ou au Liban. Dans plusieurs cas, la cohésion a été maintenue par des régimes autoritaires plutôt que par un consensus social.
Crises, conflits et recompositions politiques
Depuis le début du XXIᵉ siècle, le Moyen-Orient est marqué par une succession de guerres, de révolutions et de conflits internes. Les interventions militaires étrangères, la guerre en Irak, la guerre civile syrienne ou encore les conséquences des soulèvements arabes ont profondément déstabilisé les États. Les frontières sont devenues plus perméables et l’autorité étatique s’est affaiblie dans plusieurs pays.
Ces évolutions ont favorisé l’émergence d’acteurs non étatiques — milices, groupes armés, organisations politico-religieuses — qui jouent désormais un rôle central dans la structuration de l’espace politique régional.
Le « grand jeu » moyen-oriental et le rôle de l’Iran
Dans ce contexte instable s’est développé un nouveau « grand jeu » géopolitique opposant puissances régionales et acteurs internationaux. Parmi les acteurs régionaux, l’Iran apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires de ces recompositions. En s’appuyant sur les communautés chiites et sur des réseaux politico-militaires (Hezbollah au Liban, milices en Irak et en Syrie, Houthis au Yémen), Téhéran a étendu son influence sur une large partie du Moyen-Orient.
Cette stratégie indirecte lui permet de compenser ses limites économiques et militaires par une profondeur stratégique régionale, souvent décrite comme un « croissant chiite » reliant le golfe Persique à la Méditerranée. Elle alimente en retour de fortes rivalités confessionnelles et géopolitiques, notamment avec l’Arabie saoudite et ses alliés.
Un Moyen-Orient durablement instable
La géographie humaine et politique du Moyen-Orient résulte ainsi de l’entrecroisement entre héritages historiques, diversité des peuples et rivalités contemporaines. Les frontières héritées du XXᵉ siècle, loin de garantir la stabilité, ont contribué à une fragmentation durable de l’espace régional, faisant du Moyen-Orient l’un des principaux foyers de tensions du monde contemporain.
